Musique Espagnole

Chanteurs de flamenco

Camarón de la Isla

1950 – 1992

Camarón de la Isla
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Qui est Camarón de la Isla ?

José Monje Cruz, Camarón de la Isla, naquit le 5 décembre 1950 à San Fernando (Cadix), au numéro 29 de la rue del Carmen. Il était le deuxième de huit enfants d’une famille canastera, traditionnellement vouée à la vannerie, et montra dès l’enfance une facilité naturelle pour le cante. À huit ans, il chantait déjà spontanément à la Venta de Vargas de son village, où l’emmenait son frère Manuel, qui fut le premier à l’encourager à monter sur scène.

Ces années-là, il se lia d’amitié avec le cantaor Alonso Núñez, « Rancapino », et à peine âgé de douze ans il apparut dans le film « El amor brujo » (1963), réalisé par Rovira Beleta et interprété par Antonio Gades, l’une de ses premières apparitions publiques hors de son entourage le plus proche.

Parcours

À seize ans, il remporta le premier prix du IVe Festival de Cante Jondo de Mairena del Alcor, un coup de pouce qui le poussa à s’installer à Madrid, où il se produisit au tablao Los Canasteros sous la protection de Manolo Caracol. C’est dans la capitale qu’il rencontra, dans une salle de billard, le guitariste Paco de Lucía, avec qui il enregistra son premier disque commun en 1968 et avec qui il entretint une complicité artistique qui marqua une bonne partie de sa carrière ; il trouverait plus tard un compagnon tout aussi décisif en la personne du guitariste Tomatito. Sur ses enregistrements, il compta également sur la main du producteur Ricardo Pachón, et collabora ponctuellement avec des artistes comme Joan Manuel Serrat, Raimundo Amador et Kiko Veneno.

Son évolution artistique se divise généralement en trois périodes : jusqu’en 1968, celle de l’assimilation de la tradition ; entre 1968 et 1978, celle de l’expansion et du renouvellement du répertoire ; et à partir de 1979, la phase la plus novatrice et personnelle de son cante. Dans ses dernières années, il s’installa à La Línea de la Concepción avec sa famille, et continua à se produire dans de grands festivals, y compris plusieurs en France à la fin des années quatre-vingt.

Palos et discographie

Il cultiva avec maestria bulerías, tangos, fandangos, soleás, saetas, martinetes et alegrías, entre bien d’autres palos, et enregistra au cours de sa carrière 176 cantes différents, dont seulement vingt-sept portent sa signature reconnue comme compositeur, un détail qui donna lieu à des litiges après sa mort. Il publia dix-neuf disques au total, parmi lesquels « Como el agua » (1981), « Calle Real », « Viviré », « Te lo dice Camarón » et, déjà dans sa dernière période, « Soy gitano » et « Potro de rabia y miel » (1992), son ultime travail. Mais c’est « La leyenda del tiempo » (1979), un disque qui incorpora au flamenco du rock, du jazz, des sonorités orientales et des arrangements orchestraux, qui marqua un tournant dans le genre : bien qu’il n’ait vendu qu’environ six mille exemplaires à sa sortie, il est aujourd’hui considéré comme l’une des œuvres les plus transformatrices de l’histoire du cante.

Héritage

Au début de 1992, il fut admis à la clinique Quirón avec un diagnostic initial de pneumonie ; le 2 mai, on confirma qu’il souffrait d’un cancer du poumon irréversible. Il mourut le 2 juillet 1992 dans un hôpital de Badalone, et plus de cent mille personnes accompagnèrent son enterrement à San Fernando. En 2001, neuf ans après sa mort, la Junta de Andalucía lui décerna à titre posthume la Llave de Oro del Cante. Sa mémoire se conserve aujourd’hui à travers des statues érigées à San Fernando, La Línea de la Concepción et Badalone, ainsi que dans la maison-musée de sa ville natale, ouverte en 2016. Près de trois décennies après sa disparition, Camarón demeure une référence incontournable pour comprendre le flamenco contemporain.