Musique Espagnole

Chanteurs de flamenco

Manuel el Agujetas

1939 – 2015

Qui est Manuel el Agujetas ?

Manuel de los Santos Pastor, connu artistiquement sous le nom de Manuel el Agujetas, est né en 1939 dans la région de Jerez de la Frontera, bien que certaines sources situent sa naissance dans la ville voisine de Rota. Il était le fils de Manuel de los Santos Gallardo, « Agujetas el Viejo » (1908-1976), forgeron et cantaor qui transmit à ses enfants aussi bien le métier de la forge que le cante qu’il entonnait en travaillant le fer. Manuel fut l’un des neuf frères et sœurs de la famille, parmi lesquels Tomasa, Juana, María, Lica, Juan el Gordo, Paco, Diego et Luis Agujetas, dont plusieurs se consacrèrent également au cante.

Il grandit donc en écoutant et en apprenant le flamenco le plus profond dans l’atelier familial lui-même, au sein d’une lignée où l’enclume et la voix allaient de pair. Cet héritage direct marqua à jamais sa façon de concevoir le cante, loin de toute concession au goût commercial.

Parcours

Agujetas abandonna définitivement le métier de forgeron en 1970, après l’enregistrement de son premier disque, pour se consacrer entièrement à la scène. Son père l’avait formé à l’école de grands maîtres comme Manuel Torre, Tío José de Paula ou El Marrurro, des références qu’Agujetas revendiqua toujours comme la source de son cante le plus primitif et sans fioritures.

Dès lors, il se produisit dans les tablaos et les peñas flamencas de Madrid et parcourut des scènes en Espagne, en Amérique, en Europe et en Asie, avec des concerts documentés dans des villes comme New York, Paris, Vienne, Mexico et Tokyo. Sa figure, celle d’un cantaor qui refusait d’adoucir l’âpreté de sa voix pour la rendre plus agréable à l’oreille, fit de lui une référence pour les puristes du flamenco. Marié à la danseuse Kanako, il eut avec elle son fils Antonio Agujetas, qui poursuivit la lignée familiale dans le cante.

Palos et discographie

Sa voix, brisée et déchirée, devint surtout synonyme de la seguiriya et de la soleá, bien qu’il maîtrisât également le martinete, les tientos, la bulería, les fandangos, les alegrías et les romeras. Au cours de sa carrière, il enregistra une discographie de treize titres, parmi lesquels se distinguent « Viejo cante jondo » (1972), son premier disque, et « Agujetas en la soleá » (1998), ainsi que les plus tardifs « VORS Jerez, al cante » et « Agujetas: historia, pureza y vanguardia del flamenco », tous deux de 2012.

Héritage

En 1977, il reçut le Prix National de Cante de la Cátedra de Flamencología, une reconnaissance pour une carrière construite en marge des modes. Sa figure fut immortalisée dans le documentaire « Agujetas, cantaor » (2000), réalisé par Dominique Abel, et il participa également au film « Flamenco » de Carlos Saura. Rota lui dédia un buste en 2013 en reconnaissance de son héritage. Manuel el Agujetas mourut le 25 décembre 2015 à l’hôpital SAS de Jerez, à 76 ans, laissant derrière lui l’image de l’un des derniers gardiens du cante jondo le plus primitif et sans concessions.