Lorquianas
Origine et histoire
Les lorquianas sont, comme les lorqueñas, des cantes construits sur des poèmes de Federico García Lorca, s’inscrivant dans ce courant singulier du XXe siècle où l’œuvre du poète grenadin, grand admirateur et connaisseur du cante jondo, fut portée sur le terrain flamenco par différents interprètes. Contrairement aux lorqueñas, qui se développent sur le rythme de la bulería, les lorquianas se construisent sur le compás de la milonga, ce qui les situe dans le groupe des cantes de ida y vuelta d’origine américaine.
Ce double chemin d’adaptation de la poésie lorquienne au flamenco, l’un par voie festive et l’autre par voie de ida y vuelta, reflète la polyvalence de textes qui, par leur musicalité et leur proximité avec la tradition populaire andalouse, se prêtèrent à plus d’une lecture musicale au sein du cante du XXe siècle.
Comme cela arrive avec d’autres cantes d’auteur reconnu au sein du flamenco, les lorquianas ne proviennent pas de la transmission orale anonyme habituelle dans le genre, mais d’une élaboration consciente et datable, ce qui en fait un cas d’étude intéressant sur la relation entre poésie savante et cante populaire.
Caractéristiques musicales et compás
Le compás des lorquianas est celui de la milonga, un rythme binaire d’origine américaine apparenté à la habanera et aux guajiras, à l’allure bercée et au ton généralement majeur, très différent donc du compás d’amalgame de la bulería qui caractérise les lorqueñas. Cette base rythmique apporte aux paroles de Lorca une atmosphère évocatrice et nostalgique, cohérente avec le caractère général des cantes de ida y vuelta.
L’accompagnement de guitare suit les schémas habituels de ces cantes américains aflamenqués, avec un rasgueo doux et une structure mélodique simple qui laisse toute la place au verbe du poète.
Cantaores et interprètes représentatifs
Les lorquianas s’inscrivent dans ce même courant d’interprètes du XXe siècle qui portèrent la poésie de García Lorca vers le cante, un terrain où se distinguèrent des cantaores liés au renouveau du flamenco et à l’intérêt pour la poésie comme source de nouvelles paroles, poursuivant ainsi la voie ouverte par la Niña de los Peines elle-même avec les lorqueñas.
Relation avec d’autres palos
Les lorquianas appartiennent à la famille des cantes de ida y vuelta, avec la milonga, la habanera, la guajira et la colombiana, dont elles empruntent le compás et l’allure mélodique. Leur relation la plus directe au sein du propre répertoire lorquien est avec les lorqueñas, avec lesquelles elles partagent la source littéraire tout en se différenciant clairement par le compás et par la famille de cantes à laquelle elles appartiennent.