Musique Espagnole

Guitaristes

Paco de Lucía

1947 – 2014

Paco de Lucía
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Qui est Paco de Lucía ?

Francisco Sánchez Gómez naît le 21 décembre 1947 à Algésiras (Cádiz), au sein d’une famille gitane de tradition flamenca. Son nom d’artiste rend hommage à sa mère, Lucía Gomes, surnommée « la Portuguesa », afin de le distinguer des nombreux autres « Paco » du quartier. Son père, Antonio Sánchez, et son frère aîné Ramón lui donnent ses premières leçons de guitare dans un foyer entièrement tourné vers la musique, où apprendre à jouer relevait presque d’une obligation familiale plutôt que d’un choix.

Dès l’enfance, il se montre d’un dévouement presque obsessionnel envers l’instrument, au point que son enfance fut marquée par les longues heures d’étude que son père exigeait de lui. De cette discipline précoce naquit une technique de púa très personnelle, le fameux « picado », qui, alliée à un langage harmonique hors du commun, finirait par transformer aussi bien le toque en solo que l’accompagnement flamenco traditionnel.

Parcours

Sa collaboration la plus déterminante fut celle avec le cantaor Camarón de la Isla, avec qui il enregistra dix disques entre 1968 et 1977 et avec qui il renouvela complètement la manière de concevoir le cante accompagné ; ensemble, ils formèrent l’un des duos les plus influents de l’histoire du flamenco. Plus tard, Paco de Lucía élargit son langage en y intégrant le jazz, la salsa et la bossa nova, et fut de célèbres rencontres avec John McLaughlin et Al Di Meola, avec qui il enregistra l’album live « Friday Night in San Francisco » (1981), qui s’écoula à plus d’un million d’exemplaires et devint une référence de la rencontre entre flamenco et jazz.

Au cours de ses dernières décennies, il s’entoura de musiciens comme Niño Josele, Alain Pérez, Antonio Serrano, Piraña ou Cristo Heredia, et continua d’explorer des croisements avec d’autres traditions, comme sa participation à la « Vitoria Suite » (2010) aux côtés du trompettiste Wynton Marsalis, ou sa prestation en soliste invité avec la Philharmonie de Berlin au Teatro Real de Madrid en mai 2011. Son dernier album studio, « Cositas Buenas », parut en 2004, et après sa mort sortit l’album live « En vivo » (2011).

Style et discographie

Son toque se caractérisait par une maîtrise absolue du picado, une capacité harmonique peu commune pour la guitare flamenca de son époque, et une recherche constante d’équilibre entre la racine traditionnelle et l’ouverture à de nouveaux langages. Parmi ses pièces les plus reconnaissables figurent la rumba « Entre dos aguas » (1973), qui resta vingt semaines dans les classements espagnols, ainsi que des alegrías comme « La Barrosa » et « Barrio la Viña » ou la soleá « Homenaje al Niño Ricardo ». Tout au long de sa carrière, il enregistra plus de trente disques et exerça aussi comme producteur, comme dans le cas de « Tú, ven a mí » (2005), de La Tana.

Héritage

Paco de Lucía reçut, entre autres distinctions, la Medalla de Oro al Mérito en las Bellas Artes en 1992, le Premio Príncipe de Asturias de las Artes en 2004 et le doctorat honoris causa du Berklee College of Music de Boston, qu’il reçut en personne en mai 2010 ; il fut également nommé Hijo Predilecto d’Algésiras, ville qui lui dédia une statue sur la place de son embarcadère et qui baptisa son conservatoire de son nom. Il mourut le 26 février 2014, à 66 ans, d’une crise cardiaque sur une plage proche de sa résidence au Mexique, entouré de ses enfants.

Quelques mois après sa disparition, Séville accueillit le Ier Symposium International Paco de Lucía, avec la participation de figures comme Tomatito, Ricardo Pachón, Kiko Veneno ou Rubén Blades, en reconnaissance d’une carrière qui, sans guère de contestation parmi les amateurs et spécialistes du genre, marqua un tournant décisif pour la guitare flamenca à l’échelle universelle.